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UNE NAISSANCE LIBRE
2020/08/06

UNE NAISSANCE LIBRE

À ce moment-là, nous avons décidé de nous réapproprier l’acte sacré qu’est la naissance. Nous avons décidé de faire confiance à mes instincts naturels, […] à la beauté et à la perfection de la connexion et de la symbiose entre une mère et son enfant à naître. Nous avons repris possession de la naissance. Au milieu d’une pandémie mondiale, alors que tout semblait s’eondrer, Miko est né dans un nuage d’oxytocin, l’hormone de l’amour chez nous, dans mes bras, sans personne d’autre que son père comme témoin silencieux. Je lui serai éternellement reconnaissante, comme à nos autres enfants, de m’avoir mise en contact avec ma force intérieure et ma puissance en tant que femme pour créer la vie et la mettre au monde librement, de mon propre chef, comme j’ai été créée pour le faire.

Après deux accouchements en centre de naissance avec de merveilleuses sages- femmes, l’anxiété face à un accouchement en centre hospitalier me gardait éveillée nuit après nuit. Mes deux accouchements passés avaient été naturels, sans interventions, dans l’eau. Un lit d’hôpital avec un gynécologue qui me tripote le col de l’utérus m’apparaissait fort peu appétissant. Ayant déménagé en région éloignée, le centre de sages-femmes le plus près était à plus de 2:30 de route. Depuis le tout début de cette grossesse, je sens que cet accouchement sera rapide, doux et que je serai prise par surprise. Aurais-je même le temps de me rendre au centre des naissances? Ou finirai- je par accoucher dans ma voiture, à mi-chemin, sur une route qui sillonne les montagnes sans réseau téléphonique? Mon rêve avait toujours été de donner naissance à la maison, mais étant toujours hors « zone », c’était de la pure fantaisie.

Jusqu’au début du mois de mars, quand quelqu’un m’a mise en contact avec une maman ayant vécu un ANA (Accouchement non assisté). Accoucher chez moi… avec seulement mon homme… voilà que l’excitation de l’accouchement me revenait. Mais pouvais-je vraiment le faire?! Infirmière clinicienne de formation, je suis formée à voir le pire… Mais voilà, je me lance, avec mon homme, dans la formation des naissances libres, ou ANA. Nous lisons des livres de préparation à l’ANA. Nous rejoignons des groupes de ANA. Nous avons même eu le privilège de voir des ANA’s diffusés en temps réel.

Nous nous préparons tranquillement : une piscine d’accouchement, des remèdes naturels, je sors mon équipement de soins à domicile… Je transforme notre chambre en véritable centre de naissance doté de petites lumières d’ambiance. Nous gardons nos options ouvertes.

Je parle à mon bébé. Le temps venu il me dira quoi faire : prendre la route pour le centre de naissance, bifurquer pour l’hôpital ou bien rester chez nous. Peu importe ce qu’il arrivera, nous serons bien préparés.

Le 22 mai, les contractions commencent après que j’ai couché mes deux petits, mais s’estompent quelques heures plus tard.

Le 24 mai, les contractions reprennent. Plus fortes. Plus proches. Le bain ne les calme pas. Je sors à l’extérieur, seule, avec de la musique et je danse au travers de mes contractions jusqu’à 2:00. Ensuite, je me couche et elles s’estompent vers 4:00… Mais zut!

Le 25, elles reprennent, mais cette fois-ci je n’y crois pas. Je prends un bain et elles se calment. Alors, on soupe. Elles continuent, mais elles sont douces. Ça ne sera pas ce soir sans doute… Les enfants se couchent. Je m’assoie aux toilettes et du coup, j’ai le goût de m’appuyer, alors je m’assoie à califourchon. Des petits sons s’échappent de mes lèvres. Mon amoureux me demande s’il ne devrait pas remplir la piscine d’accouchement. Mais je dis non. Il n’est pas encore temps. Passent 15 min et je décide d’aller me coucher. Il est 21:00, je crois que mes contractions s’arrêteront une fois que je serai allongée.

Je rentre dans notre chambre et voilà que mon amoureux a tamisé l’éclairage et allumé les lumières d’ambiance que nous avions prévues pour la naissance. Il avait couvert le lit d’oreillers et d’une petite couverture chauffante. Il m’attendais. Lui… il le savait.

Je m’allonge dans ses bras et il me masse. Les contractions continuent mais je suis bien dans les bras de mon homme, dans notre petit lit douillet de campagne. J’entends les poules « jaser » par la fenêtre. La lune nous baigne de sa lueur. Je ferme les yeux, assurée que je m’endormirai bientôt et que mes douces contractions me quitteront pour un autre jour.

Au moment d’une autre contraction, une vague douce malgré tout, je sens du sang chaud couler entre mes jambes. Mon col se dilate. C’est pour ce soir. Je dis à mon homme que Miko naîtra ce soir… et très bientôt. Heureusement, les enfants dorment paisiblement car personne n’aura le temps de se rendre chez nous pour les garder.

Mais, que la vie organise bien les choses! La lune nous accompagne. Je demande doucement à mon bien-aimé de remplir la piscine. Je me rends aux toilettes et d’un seul coup, je perds mon bouchon muqueux annonçant la dilation rapide du col. Je l’appelle à moi, il s’agenouille et je m’appuie dans ses bras forts et chauds.

Je n’ai pas peur. Je suis en pleine confiance. Une chaleur et une sensation de paix habite mon coeur. Je souris, je ris… mais, que je l’aime, cet homme! Que j’adore notre vie! Bientôt, nous serons cinq!

J’entre dans l’eau… mais, quelle merveille! Je chante au travers de mes contractions.

J’ai soudain besoin d’aller aux toilettes et, embarrassée, je le dis à mon homme. Il me répond fièrement, un filet à poisson à la main, qu’il est prêt! Mais non… je crois que ce sera liquide! Quel malheur! Tout aussi fièrement, il brandit un bol et le glisse sous mes fesses! La pression n’attend pas et je n’ai pas le temps de laisser ma gêne l’arrêter…

« POP ! » Que je suis soulagée! C’est ma poche d’eau qui venait de rompre. Le rire nous prend! À la vue d’un peu de sang, suite à la rupture des eaux, due au fait que mon col vient de finir de dilater très rapidement, il écoute le coeur de Miko à travers mon ventre. Il se porte si bien, c’est à croire qu’il ne sait pas qu’il est sur le point de naître.

Et puis, je me mets à grogner. Telle une louve qui protège ses petits, telle me décrit mon homme. Un son que je n’ai jamais émis auparavant. Adieu le désir d’accoucher sans faire de bruit!

Le grognement s’accompagne de petites poussées à la fin… je sais ce que cela veut dire… Et puis, je le sens. Je le sens descendre… Je sens chaque mouvement de son petit corps en moi. Je grogne, je crie, je me laisse emporter. Mais, malgré que j’apparaisse hors de moi… je suis en pleine possession de mes moyens comme jamais je l’ai été aupavant! Dans ma tête, tout tourne au ralenti. Je sais quoi faire. Je ressens tout. Je suis calme.

À quatre pattes, tel un fauve, je grogne et je pose ma main sur mon périnée. Il arrive. Je ne pousse pas, c’est mon corps qui pousse sous l’emprise du réflexe d’éjection. Sa tête se glisse hors de moi. Je le caresse doucement de ma main, son oreille, ses cheveux, sa main… attends… sa main?! Mais, qu’il est drôle mon coco!

Je sens son épaule prise dans mon bassin… je suis calme. Je sais quoi faire. Son cou est sorti… c’est bon signe. J’attendrai une contraction. S’il ne se déloge pas, je changerai tout simplement de position pour ouvrir mon bassin encore un peu. Je me mets en « squat » pour l’attraper. La contraction revient, sa tête tourne doucement dans  ma main, mais que d’un quart de tour seulement car son épaule le bloque. La contraction vient pousser son épaule contre mon bassin, elle baisse, l’autre épaule peut alors s’échapper. Et le reste de son corps glisse dans mes mains! Je n’ai eu qu’à ne rien faire! Mon corps a fait le nécessaire. Je serre le petit corps contre moi et je lui frotte le dos. Il s’éclate : son premier souffle! Je ris de joie :

« Allo! Allo! Mais que tu es rose! Wow! Mais que tu es beau! »

Mon amoureux me dit : « Bébé, tu l’as fait! Wow! Toute seule, mon amour!  Tu es extraordinaire! Tu l’as fait! »

Je tiens mon bébé contre moi, dans l’eau, emmailloté dans une couverture ; 20 minutes comme ça à jubiler de bonheur…

Un Apgar de 10-10-10! Le meilleur que je n’ai jamais vu.

Mon amoureux m’aide à sortir de la piscine pour me rendre dans notre lit, et je lui dis que mon placenta arrive. Une petite poussée et le voilà, il est sorti! Mon amoureux le place délicatement dans un bol. Deux heures passent et nous brûlons le cordon ombilical à l’aide d’une chandelle qui nous a été prêtée par Doula, une amie. Nous prenons un moment pour apprécier le placenta qui a nourri notre enfant pendant ces longs neuf mois. De lui naîtra un arbre sur notre propriété, doux fruits de ce souvenir, de cet instant magique.

En ce moment même, je réagis en toute lucidité. Je teste ses réflexes, j’ausculte son cœur, ses poumons. Moi. Personne d’autre que moi. Il va à merveille. Un petit chevauchement crânien dû à sa descente rapide (merci bébé!).

Il boit au sein comme un champion et nous nous couchons. Quelle merveille! Quelle paix sublime! Les enfants dorment toujours.

Aux douces lueurs du matin, ils viennent rencontrer leur frère. Ils sont heureux! Du haut de leur 1 et 2 ans, ils s’exclament « Bébé! Wow! Bravooooo! ». Ils le bécotent.

Je vis une expérience inoubliable : la sensation de connexion à mon corps, à mon bébé, la présence d’esprit incomparable que j’ai ressentie. L’amour et l’oxytocin nous enveloppent !

Nous sommes changés. Je demande à mon amoureux quelles sont ses pensées et il me répond :

« Il n’y a pas de meilleur moyen d’accoucher. C’était parfait. Tu m’épates encore plus que ce que je croyais possible. Je rêve que nos prochains enfants arrivent tous de la même manière, à part une chose…

― Quelle chose?

― Le prochain… c’est moi qui l’attrape! Dis, tu crois pouvoir me sortir un peu de lait pour mon café?! »

 

*** La naissance libre, ou l’ANA, est une décision qui doit être prise dans le contexte d’une bonne éducation sur la physiologie de la naissance, d’une grossesse en santé et dans l’absence d’autres conditions médicales risquant de compliquer l’accouchement. Nous vous encourageons fortement à en discuter avec un professionnel de la santé formé à la physiologie naturelle de l’accouchement avant de prendre votre décision. BeBaby Inc. et l’Institut Maïa, ne se portent pas responsables de vos choix en terme de naissance. Par contre, nous vous supporterons et vous respecterons dans vos choix avec amour et tendresse.

Parce que vous aurez des choix à faire et ce seront les vôtres!***

 

Samantha St-Louis, RN, BN
Fondatrice & Directrice
- Sabrina Sauvé
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